Écrire un Scénario en Fountain : Concept et Usage Basique

Introduction

Écrire un scénario se fait généralement sous un logiciel dédié (Final Draft, CeltX, ou le très prometteur KIT Scenarist par exemple), ou dans un logiciel de traitement de texte générique (Open Office, Google Doc…). Vous êtes tributaires des fonctionnalités offertes par le logiciel, sans grande possibilité de modification ou de personnalisation, soit parce que les logiciels utilisés ne permettent aux utilisateurs de rajouter des fonctionnalités simplement, soit parce que changer leur code source est hors de portée (non libre ou libre mais trop complexe). Si quelque chose ne vous plait pas dans votre logiciel d’édition, il n’y a pas grand chose que vous pouvez faire.

Pour écrire la suite de ma saga audio Alien 2347, j’avais des besoins très précis :

  • Un thème d’interface sombre, car j’écris plutôt le soir
  • Des couleurs sur le nom des persos
  • Un export HTML clean, car je me sers d’un rendu HTML sur une tablette prompteur pendant les enregistrements des voix des acteurs.

Après avoir testées de multiples logiciels spécialisés, je n’avais toujours pas trouver de moyen de satisfaire ces quelques exigences. Frustration.

Cependant, en creusant le sujet, j’ai découvert quelque chose qui allait pouvoir répondre à tout ces désirs : le Fountain.

Concept

Le Fountain, c’est une syntaxe d’écriture pour scénarios, qui repose sur de simples fichiers texte.

L’idée est puissante : n’importe quel fichier de texte, par exemple un document créé avec le bloc-note, un éditeur de code, un mémo etc, peut être écrit avec la syntaxe Fountain. Réciproquement, les fichiers Fountain étant de simples documents texte, ils peuvent être créés ou ouverts dans n’importe quel éditeur de texte ou de code.

Ainsi, vos données vous appartiennent pleinement (elles ne sont pas enregistrées dans un format propriétaires, mais le format le plus universel qui soit, le texte), ce qui permet d’avoir une très grande interopérabilité. Le Fountain est d’ailleurs utilisé comme un format d’échange entre les différents logiciels d’écriture de scénario, qui sont pour la plus part capable d’importer/exporter en Fountain, mais ne permettent souvent pas de faire d’édition directe de ces fichiers ; on perd donc en interopérabilité). Des dizaines d’autres applications au delà des éditeurs de textes supportent et comprennent le Fountain nativement (sans conversion), comme vous pourrez le voir sur la liste des applications recensées. Il existe même des logiciels de storyboarding qui support le fountain, comme StoryBoarder.

Pour les détails techniques : le Fountain est à l’écriture de scénario ce que le Markdown (dont il est inspiré) est à l’écriture en HTML : une façon peu verbeuse de définir la sémantique de vos lignes (ceci est un paragraphe, ceci est un dialogue), qui sera ensuite rendu par un interpréteur dans le format de votre choix (vers PDF, vers HTML etc…).
Si vous ne connaissez pas le Markdown, sachez que c’est utilisé de plus en plus pour formater des messages sur le web, que ce soit sur Slack, Trello, GitHub, Discuss, WordPress… vous l’utilisez sans même peut-être le savoir.

N’étant que du texte pur et ne contenant pas d’information de mise en forme, cela permet à l’auteur de se concentrer sur ce qui compte le plus : le contenu et sa sémantique (dialogues, description etc…), et non la forme (les indentations, les sauts de lignes etc).

Voici une vidéo du scénariste de Big Fish, qui résume bien les avantages de ce format :

Usage

Alors, comment on écrit en Fountain ?

La convention est de mettre l’extension .fountain à ces fichiers texte au lieu de .txt. Comme ça, si vous avez un éditeur prévu pour le Fountain, le fichier sera directement associé à ce logiciel.

Ensuite la seule chose qui change par rapport à un texte normal, c’est la syntaxe.

Par exemple, pour écrire un dialogue, on écrira les noms des personnages en majuscules.

Voici des petits exemples de code avec captures d’écran, faîtes avec la petite web app fountain-editor de hiimjosh. Nous aurions aussi pu utiliser Write Script In, qui a un fonctionnement similaire.

X-RAYM
Vous connaissez le format Fountain ?

JOHNSON
Euh non c'est quoi !

X-RAYM
Je vais t'expliquer, c'est facile !

Ce qui donnera :

Un titre de séquence avec une description de l’action ?

.SALLE DE CONTRÔLE

Raymond et Johnson sont devant la table de contrôle d'un vaisseau spatial.

Et en action, avec un rendu en temps réel sur le côté :

Aucun raccourci à clavier à retenir pour changer entre les descriptions et les dialogues, il suffit juste d’écrire en majuscule ou non. Très pratique !

La syntaxe Fountain s’enrichit de quelques petits éléments, pour les transitions, le titre du scénario, l’auteur, les didascalies etc. Vous pourrez retrouver la liste des éléments disponibles sur la page dédiée à la syntaxe. Inutile de tout apprendre, vous pouvez déjà faire 99% de votre scénario avec ce que je vous ai montré ci-dessus ! La capture d’écran issue de fountain.io présente en tête de l’article vous montre un exemple plus complet.

Conclusion

Utilisé un format universel et accessible permet de s’affranchir de nombreuses barrières. Plus l’impression d’être bloqué ou limité par un logiciel, plus besoin de penser à la mise en page. De quoi laissez libre court à votre imagination.

A ce stade, vous devez vous demander quel est l’intérêt d’avoir un truc aussi basique. Vous comprendrez dans les prochains articles que c’est cette simplicité de la syntaxe de base qui permet justement de développer des fonctionnalités très avancées, que ce soit pour l’écriture, le rendu, ou l’analyse du scénario.

A bientôt, et bonne écriture !


Merci à Marie pour la relecture !