Lecture: The Design of Everyday Things by Donald Norman (revised and expanded edition)

Dans la vie de tous les jours, nous interagissons avec des dizaines d’objets. Que ce soit des objets complexes, comme un smartphone, un ordinateur, ou des objets plus simples comme un four, un robinet ou bien même tout simplement… une porte. Tout ces objets, pensés pour être utilisés afin de répondre à une fonction, présentent un certain design, c’est à dire une façon d’être manipulés, au delà de leur aspect esthétique.

Bien trop souvent, ces objets qui répondent à des fonctions pourtant primaires, peuvent en fait avoir une utilisation contre-intuitive. Vous avez sans doute déjà poussé une porte qu’il fallait tirer. Alors imaginez la conséquence de genre de problème sur des appareils sensibles potentiellement dangereux, comme le tableau de bord d’un avion, celui d’une central nucléaire, ou des appareils médicaux. De “simples erreurs de design” pourraient être fatales.

C’est à partir de ce genre de constats que Donald Norman, chercheurs en psychologie en en technologie, écrivit en 1988 un livre fondateur dans le domaine du design : The Design of Everyday Things. Depuis, le livre est considéré comme la référence pour les étudiants et chercheurs en ergonomie et en expérience utilisateur, Norman a sorti de nombreux autres livres qui ont aussi aussi marqué le domaine (Emotional Design: why we love (or hate) everyday things, Living with Complexity…), l’expression Porte de Norman est devenu un des exemple le plus célèbre en design d’objet, certains autres de ses concepts (l’affordance, les signifieurs…) sont utilisés par les designers, et c’est en 2013 qu’il sort une version révisée et augmentée de son best seller. Livre que j’ai pu lire, et dont j’ai choisi de vous parler aujourd’hui !

Pour Donald Norman, si vous avez des problèmes avec un objet banal (une porte), ne vous blâmez pas. Vous n’êtes pas stupide. On ne devrait pas avoir à se poser des questions sur des choses aussi banales. Ce n’est pas vous le problème, c’est la porte.

Une petite vidéo de VOX qui parle très bien du fameux concept des Portes de Norman :

Afin d’aider les designers à concevoir des meilleurs objets, Norman propose des concepts de lecture, afin de mieux comprendre comment les gens opèrent les objets et les interfaces.

Les 7 étapes d’une action par Donald Norman, réparties en trois couches (Reflective, behavioral, visceral) et deux parties (l’opération sur le monde- l’objet, et sa réponse).

Norman met en avant l’importance de l’accessibilité (discoverability – soit la facilité avec lequel ont peut découvrir les fonctions d’un objets) et l’importance du feedback (comment l’objet nous signale que l’action a bien ou mal été effectué – je ne sais pas comment le terme est traduit dans la version française). Il met aussi en avant l’importance du mapping entre les commandes d’un objet et sa forme global, avec pour exemple les boutons qui permettent d’allumer les plaques chauffantes, qui ne sont jamais dans le même ordre (en général, il y a 4 plaques chauffantes, et les 4 boutons de contrôle sont alignés, verticalement ou horizontalement. Le deuxième bouton la plaque en haut à droite ou à gauche en bas ? Cela change en fonction des marques et des modèles, et on est obligé de regarder les schéma à côte des boutons, quand il y en a. Une disposition qui ne demanderait pourtant aucun effort de réflexion serait pourtant très simple : placer les boutons de contrôle en carré, à l’image des plaques !)

Un des chapitres les plus intéressants du livre est celui qui concerne les erreurs. Pour Norman, il faut considérer que les erreurs d’utilisation vont être commise. Il y a donc plusieurs choses imaginables : donner un feedback (par exemple un beep caractéristique), donner feedback et une information (par exemple un message d’erreur avec un numéro de référence), donner un feedback et une proposition de solution… et une solution encore plus ergonomique : prévenir les erreurs purement et simplement. Par exemple, imaginez un formulaire sur une page internet à remplir : plutôt que de laisser aux utilisateurs la possibilité de poster le formulaire alors que celui-ci est incomplet, et les laisser voir un message d’erreur les invitant à modifier certains champs, pourquoi ne pas tout simplement désactiver, voire cacher, le bouton d’envoi si les conditions ne sont pas requises au préalable ?

Norman propose ainsi une vision du design dite Human-Centered (centré sur l’humain), qui prend en compte l’humain dans son interaction avec l’objet : en résumé, ce n’est pas à l’humain de s’adapter à l’objet, mais l’inverse. Le livre traite aussi d’autres questions comme l’importance des standards, l’influence de la culture etc…

Les leçons que l’on peut tirer de ce livre concerne ainsi les objets physiques mais aussi les interfaces numériques, et c’est pour cela que je le recommande à toutes personnes qui fabriquent / conçoit des objets ou des interfaces, mais aussi à tous les curieux qui seraient intéresser par le sujet. Un vrai livre de psychologie dédiés aux objets et à leurs utilisations, dont je n’ai abordé ici que la surface. Il y a bien d’autres exemples et de concept très intéressants exposés dedans, je vous laisse les découvrir !

Vous ne regarderez plus les objets autour de vous de la même façon. 😛


Liens

  • Yap c’est clair que ce livre est une référence. Je lis beaucoup de livres et articles qui traite de l’UX, du design d’interface etc… et il est souvent cité. Je dois avouer que je n’ai lu que des citations de ce livre et je finirai un jour par le lire réellement. Mon livre du moment, en version digitale (j’attends qu’on me livre la version broché qui arrive en septembre) : “Design Systems” écrit par Alla Kholmatova qui prend évidemment Don Norman comme référence.
    En tout cas c’est le type de livre qui font réfléchir et j’aime en lire plein pour brasser un max d’idées et de perceptions.

    • A la fin du livre t’as au moins 11 pages de références (articles et livres), et une petite liste de livres conseillés par sujet. Le mec a clairement bien creusé son sujet durant toute sa carrière ^^
      Je te le prêterait à l’occaz si t’as le temps 😛

  • Va falloir que je le feuillette, il a l’air à la hauteur de sa réputation 🙂

  • CanadianBoi

    Un gros classique !! C’est ma prochaine lecture ! Marrant qu’on lise ça presque en même temps :). Le principe d’affordance de Norman, on en parle souvent en design de jeux.

    • Effectivement je vois tout à fait l’intérêt qu’il peut avoir en game design ! Au delà de l’affordance, d’autres concepts sont tout à fait transposables (discoverability, la gestion des erreurs…). Tu devrais kiffer !